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vendredi 14 mars 2014

Affaire Buisson : Atlantico devra retirer les enregistrements de Sarkozy

Nicolas Sarkozy a obtenu gain de cause. La justice a en effet ordonné vendredi le retrait des enregistrements clandestins réalisés par Patrick Buisson lors de rencontres avec Nicolas Sarkozy, alors que ce dernier était président de la République. Atlantico, qui a dévoilé une partie de ces enregistrements, devra donc les retirer de son site. Patrick Buisson est par ailleurs condamné à verser 10.000 euros de dommages et intérêts provisionnels à chacun des plaignants. Au lendemain de la publication dans la presse des extraits d'enregistrements clandestins, Nicolas Sarkozy avait annoncé avoir déposé un référé pour empêcher la publication des écoutes.
Un référé pour atteinte à la vie privée… C'est sur le terrain de la protection de la vie privée que le couple Sarkozy-Bruni a en effet décidé de contre-attaquer, par la voie d'un référé. Le couple a ainsi décidé "de poursuivre (…) la captation, l'enregistrement et la diffusion de certains de leurs propos, en violation des articles 226-1 et 226-2 du code pénal", visant l'atteinte à l'intimité de la vie privée.
… pour stopper rapidement la diffusion. Par cette voie, Nicolas Sarkozy et Carla Bruni ne s'attaquent pas directement à Patrick Buisson, du moins pour le moment. Le but était ici de stopper la diffusion des enregistrements le plus rapidement possible. Le tribunal de grande instance de Paris a en effet statué en faveur du couple en obligeant la rédaction d'Atlantico à retirer de son site Internet les deux documents où les voix des conjoints sont identifiées. Le simple fait d'enregistrer quelqu'un sans son consentement constituant une atteinte à la vie privée, tous les individus identifiés dans ces documents peuvent d'ailleurs envisager un tel recours.
10.000 euros de dommages et intérêts contre Buisson. Patrick Buisson est par ailleurs condamné à verser 10.000 euros de dommages et intérêts provisionnels à chacun des plaignants. Durant sa plaidoirie, Me Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy a qualifié Patrick Buisson de "menteur". Il "n'a fait qu'ajouter l'amoralité à l'immoralité", "la perversité à la déloyauté", avait-il ajouté.
 

dimanche 9 mars 2014

Les sons de l'étrange M. Buisson

Jusqu'où ira l'affaire Buisson? Les enregistrements clandestins opérés depuis au moins 2007 par l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy sortiront-ils au compte-gouttes? Rien ne l'indique encore et les annonces de plaintes, tant de Nicolas Sarkozy, de Carla Bruni que de Buisson lui-même, pour vol, s'adressent en premier lieu aux détenteurs des fichiers… Lundi à 14 heures, l'ancien président et son épouse, via leurs avocats Mes Herzog et Malka, vont demander en référé la suppression des enregistrements sur le site d'Atlantico, en raison de l'atteinte à la vie privé.
En attendant, à ce jour, aucun autre enregistrement n'a fait surface et la justice n'en dispose d'aucun. En revanche, selon nos informations, les juges Serge Tournaire et Roger Le Loire, en charge de l'enquête sur les sondages de l'Élysée (suite à la plainte de Me Jérôme Karsenti de l'association Anticor), connaissent l'existence de ces enregistrements au moins depuis le mois de janvier. Un informateur les a prévenus de la manie secrète de l'ancien conseiller de systématiquement vivre avec un magnéto caché dans la poche. L'existence de ces enregistrements leur a ensuite été confirmée par Georges Buisson, le fils de l'ex-conseiller. En bisbille avec son père, ce dernier, gérant de paille d'une société de sondages, a reconnu devant les policiers que son père "enregistrait" bel et bien "depuis des années". "Patrick Buisson s'est constitué des assurances-vie en montant des dossiers sur les gens pour lesquels il travaille, y compris Nicolas Sarkozy", soutenait -il au JDD, voilà déjà huit mois.

Qui a fait main basse sur la "boîte noire"?

Autre audition judiciaire, celle de Pauline de Préval, l'ancienne assistante de Patrick Buisson, longtemps très proche de l'ancien patron de Minute et aujourd'hui brouillée avec lui. Devant les policiers, qui auraient aussi perquisitionné chez elle, elle a admis que l'intéressé "enregistrait" et qu'elle avait déjà constaté la présence d'enregistrements dans les ordinateurs de Buisson. En revanche, selon nos sources, Pauline de Préval, aujourd'hui en Espagne, aurait assuré devant les enquêteurs qu'elle ne possédait aucune copie des fichiers.
Qui, depuis, a fait main basse sur la "boîte noire" des années Sarkozy et les éventuelles dizaines d'heures d'enregistrement de réunions au cœur de l'Élysée? La question reste encore sans réponse et à ce jour, un seul enregistrement, diffusé mardi et mercredi par Le Canard enchaîné et le site Atlantico, concernant les journées des 26 et 27 février 2011 a été rendu public. La totalité des personnes enregistrées à leur insu par Buisson en ont été choquées. "Je ne souhaite faire aucune commentaire", réagit, meurtri, Étienne Mougeotte, l'ancien patron du Figaro. "Humainement, c'est très décevant, soupire Brice Hortefeux, même si politiquement, cela restera sans importance." "Tout cela a provoqué une onde de choc et de réprobation que je trouve exagérée", plaide Me William Goldnadel, l'avocat de Patrick Buisson, persuadé que son client "enregistrait comme on prend des notes, pour un jour écrire des mémoires, à la façon d'un Attali, et que personne n'aurait jamais dû savoir".
Sauf que… L'argument, s'il s'entend judiciairement parlant, n'aura guère d'impact sur ceux qui se sentent trahis à jamais. En premier lieu, Nicolas Sarkozy en personne : le 11 février quand un article du Point a fait état, le premier, de l'existence d'enregistrements clandestins réalisés par son conseiller, l'ex de l'Élysée ne veut d'abord pas y croire. En déplacement à Singapour, il reçoit un appel téléphonique. Au bout du fil, Buisson "jure" que "tout est faux". "Patrick, si c'est vrai je ne te parlerai plus", répond Sarkozy. De retour à Paris, il confie à ses proches : "Patrick a juré que c'était faux mais il ne m'a pas convaincu." Le doute s'installe avant de devenir certitude.

"Cet homme de certitudes rassurait Sarko"

La confiance de Sarkozy en Buisson remonte pourtant loin : "J'étais à la remise de sa Légion d'honneur en 2007 à l'Élysée. Sarkozy avait abandonné son discours officiel pour dire qu'il venait d'être élu président grâce à Patrick Buisson. Il situait carrément le tournant au jour des émeutes dans le sous-sol de la gare du Nord. Tout le monde lui avait dit de ne pas y aller, en tant que ministre de l'Intérieur alors que Buisson, lui, lui avait conseillé d'y foncer, que l'élection se jouait là", se souvient un participant. "Quand j'ai revu Buisson en 2006 dans le sillage de Sarkozy, j'ai été surpris de l'importance qu'il occupait, raconte Jean-Pierre Raffarin. Nicolas Sarkozy multipliait les compliments à son endroit."
L'ancien Premier ministre, qui fut l'un des rares à s'opposer à la ligne idéologique imposée par Buisson, notamment pendant la campagne présidentielle de 2012, décrypte la relation qu'il avait nouée avec Sarkozy : "Cet homme de certitudes rassurait Sarko. Il donne un ton menaçant dans ce qu'il fait. Quand il communique, il boxe." Comme si le conseiller, durant les années Sarkozy, s'était installé en une sorte de rôle de "mi-gourou" "mi-voyant", se rendant indispensable.

Une vision "poutinienne" du monde

"Buisson a inventé dès 2002 le sondage comme une arme, explique un autre de ses anciens clients. Il vous proposait un premier sondage avec 20 items et ensuite, il faisait refaire un deuxième sondage avec les quatre meilleurs items et, de fil en aiguille, c'était censé gonfler votre image." Auprès de François Bayrou et d'Alain Madelin, avant de se brouiller avec eux, Buisson opère ce que les deux hommes considèrent aujourd'hui comme étant des "manipulations d'opinion" via des instituts de sondages.
"Buisson fait partie de ces gens nostalgiques d'une vision poutinienne du monde, celle du chef fort, et cette ligne, que j'appelle la ligne BCG, Buisson-Copé-Guaino, a en commun l'idée que la fin justifie tous les moyens", confie au JDD Alain Madelin. "Pour moi, Buisson est la figure même du clan Sarkozy. C'est le contraire de ce à quoi je crois en politique. Cela m'a tellement heurté que j'ai risqué ma propre vie politique en dénonçant ces méthodes-là", confie, pour sa part, François Bayrou. C'est dire si Buisson ne compte plus aujourd'hui… que des ennemis.
 

vendredi 7 mars 2014

Pourquoi elles étaient en conflit avec Buisson

Rama Yade et NKM ont réagi vendredi matin à l'affaire des écoutes qui secoue la droite. Les deux anciennes ministres de Nicolas Sarkozy n'ont jamais eu confiance en la stratégie et les thèses de Patrick Buisson.

La publication des extraits des écoutes par Patrick Buisson, fustigés par certains à gauche comme révélateurs des moeurs politiques sous le quinquennat précédent, continue de plonger la droite dans un profond embarras. Les dirigeants UMP ont été de nouveaux questionnés sur l'affaire vendredi matin dans les matinales radio. Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate UMP à la mairie de Paris, a rappelé son "désaccord de fond" avec l'ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, dont elle a condamné les "pratiques détestables".

Sur Europe 1, la députée, qui fut porte-parole de campagne du candidat Sarkozy en 2012, a relevé: "je ne me suis jamais entendue à titre personnel avec Patrick Buisson". Mais elle avait surtout un "désaccord de fond avec sa ligne: je ne crois pas à une continuité entre la droite et l'extrême droite". Elle ne voit pas non plus un "horizon souhaitable" dans une fusion des droite.
"Je ne faisais pas confiance"
Les enregistrements clandestins dont est accusé l'historien sont "des pratiques détestables", a poursuivi NKM. Mais "pour dire qu'on a été trahi, il faut avoir fait confiance. Je ne faisais pas confiance".  Elle a souligné que même si Patrick Buisson "communiquait beaucoup sur son influence, il y avait des conseillers plus discrets" autour de l'ancien chef de l'Etat. La candidate aux municipales s'attendait "tout à fait" à ce que ce dernier porte plainte. Ca me semble être son tempérament".

De son côté,
Rama Yade a dénoncé "l'idéologue en mission" qu'était à ses yeux Patrick Buisson auprès de Nicolas Sarkozy, ce qui a entraîné selon elle des "conséquences politiques", jusqu'à "la défaite" électorale. "Patrick Buisson est un idéologue en mission qui a pour objectif, dès le départ, de faire fusionner ce qu'ils appellent le +bloc des droites+, c'est-à-dire la droite républicaine et l'extrême droite", a déclaré l'ex-ministre sur RMC et BFMTV. "C'est une mission. D'ailleurs, aujourd'hui, les sondages d'opinion disent que les électeurs ou militants UMP ne seraient pas défavorables à une alliance avec le Front national. Ce que j'aurais pensé inimaginable en 2007 au moment où je me suis engagée en politique", a-t-elle poursuivi.
 

Extraits des écoutes de Patrick Buisson : Nicolas, Carla, les contrats et Monsieur Ramirez

Le 26 février 2011 à la Lanterne à Versailles. Nicolas Sarkozy et Cara Bruni sont avec Franck Louvrier, son chargé de communication, et Patrick Buisson. La question du départ de Brice Hortefeux du gouvernement s’oriente vers le problème de relogement du futur ex-ministre. Le petit groupe parle alors immobilier. Nicolas Sarkozy : «Quand j’étais ministre du Budget et que j’invitais monsieur Le Noyer à Bercy… J’étais dans un appartement en location rue Pierre Charon. J’ai payé, parce qu’à un moment tu payes plus rien !». Carla Bruni: «J’ai toujours pensé qu’il fallait garder…» Franck Louvrier: «Je suis tout à fait d’accord…» Nicolas Sarkozy: «Et nous, nous avons une maison en location alors qu’on a trois appartements de fonction.» Carla Bruni: «Ah oui mais ça c’est parce que je t’entretiens (rires). Et je pensais que j’épousais un mec avec un salaire... J’avais des contrats mirifiques et plus rien…A la la la la la…heureusement que après….» . Nicolas Sarkozy: «Voilà que je deviens riche en me mariant.» Carla Bruni: «Après, moi je vais les re-signer les contrats. Je vais même pas attendre tellement longtemps… Si je peux me permettre… Un petit contrat à la cool comme ça… On ne va pas faire vendre de l’anti ride à une fille de de 22 ans, vous êtes d’accord? (rires). Julia Roberts 44, Sharon Stone 52, Julianne Moore 53… Tout ça, ça a des contrats mirifiques hein ? Que je ne peux pas accepter pour l’instant…. Ça se fait pas.» Nicolas Sarkozy: «Oh… je vais te dire, mon avenir c’est de devenir Monsieur Ramirez à la caisse.» Carla Bruni: «Non, juste que moi je puisse faire mon job, déjà comme ça… pour entretenir… très cher… je vais te dire je suis folle de lui… alors… on perd la tête hein… ?»

Dans les coulisses du remaniement de février 2011

Remplacer Fillon par Borloo, c’est grotesque. Nicolas Sarkozy et ses conseillers se réunissent pour évoquer le prochain remaniement. Autour de lui se trouvent Patrick Buisson, Henri Guaino, sa plume, Franck Louvrier, le publicitaire Jean-Michel Goudard et le sondeur Pierre Giacometti. Le Président évoque le Premier ministre et l’hypothèse Borloo. «Remplacer Fillon par Borloo, c’est grotesque. Y a qu’une seule personne qui pourrait remplacer Fillon aujourd’hui, c’est Juppé. Je m’entends très bien avec Alain. (...) Même si Fillon n’est pas décevant, il est comme on le sait. Le fait qu’il disparaisse là, il va s’en prendre plein la gueule.»
Roselyne Bachelot «ne dit que des conneries». 26 février 2011 au soir de la réunion, Patrick Buisson et Jean-Paul Goudard sont en voiture. Buisson : «C’est dur, hein…» Goudard : «Si je la connaissais pas un peu mieux depuis la télé j’aurais trouvé ça… lamentable… interventions percutantes quand même…» Puis les eux hommes évoquent le ministre de la justice, Michel Mercier et Roselyne Bachelot. Buisson : «Bon je sais pas avec qui, c’est avec toi que j’ai discuté de Mercier… Pourquoi on s’arrêtait.» Goudard : «Mercier. Oui pourquoi ? Parce qu’il est trop gentil avec les magistrats ?» Buisson : «Non, mais il est totalement calamiteux.» Goudard : «Oui, mais il y a plus calamiteux que lui encore…» Buisson : «Oui, qui ?» Goudard : «Il y a Bachelot.» Buisson : «Oui, mais elle arrive à construire des phrases et elle articule.» Goudard : «Oui, mais elle dit que des conneries.» Buisson : «Oui, mais on peut pas tout avoir.»
Sarkozy le giscardien, Buisson le royaliste. Toujours le 26 février, les deux hommes évoquent l’identité politique du chef de l’État. Goudard : «Il est gentil, euh, Nicolas… Quand il a un discours bouclé, il veut encore rajouter un truc qui rassemble, le rassemblement etc. Entre toi et moi… ça n’a rien à foutre là…» Buisson : «Mais rien à foutre, et l’intégration non plus. Au moment où il en arrive cinq cent mille de plus et on n’a pas intégré les six millions qu’on a.» Goudard : «C’est un vrai euh… giscardien.» Plus tard. Buisson : «Ma référence ? Profondément ? Moi je suis le fils d’un camelot du roi. Je suis monarchiste, je suis royaliste.» Goudard : «Enfin les rois…» Buisson : «Oui, mais d’accord… mais c’est ma culture, voilà.»
«On aime tous Brice.» Le 27 février 2011, jour de l’annonce du remaniement, Nicolas Sarkozy et Patrick Buisson évoquent les arbitrages. Sarkozy : «Vous n’avez pas d’états d’âme sur Brice
[Hortefeux] ?» Buisson : «On en a tous. On aime tous Brice. Le problème c’est de faire un choix politique.» Sarkozy : «Je veux pas finir comme Daniel Vaillant avec Jospin (...) Brice dit que le sentiment d’insécurité a régressé. Toutes les études montrent que ce n’est pas vrai.» Buisson : «En matière d’immigration, Brice est inhibé (...) Une partie de notre électorat manifeste une certaine impatience.» Sarkozy : «Et puis il y a les perspectives judiciaires…» Nicolas Sarkozy évoque alors l’idée qu’il avait eu de nommer Hortefeux à la Défense. Sarkozy : «Un ministre de la défense condamné pour injure raciste…» Buisson : «Notre armée est composée d’un quart ou de 20 % d’éléments des DOM-TOM…» MAM ne se rend pas compte. Le Président évoque ensuite Michèle Alliot-Marie, engluée par sa proximité avec Ben Ali. Sarkozy ; «J’ai accepté qu’elle me fasse une lettre de démission. Mais, enfin, personne n’est dupe. Elle ne se rend pas bien compte. C’est comme si elle n’avait rien fait, qu’elle pouvait continuer.» Les «connards de chiens. Après l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy annonçant le remaniement, le Président se lâche. «On n’a pas entendu ces connards de chiens qui aboyaient.» Buisson : «Tu parlais des journalistes ? C’était très bien ! Tu avais les bonnes intonations.»
http://newsletter.ladepeche.fr/Go/index.cfm?WL=21076&WS=291720_2501986&WA=3978

Affaire Buisson : les questions que posent les écoutes pirates

D’où viennent les bandes ?

Leur provenance reste encore mystérieuse. Mis en cause dans l’affaire des «sondages de l’Élysée», Patrick Buisson a vu ses deux domiciles et son bureau perquisitionnés par la police il y a plusieurs semaines. Mais selon Me Goldnadel, son avocat, les enregistrements diffusés par Le Canard Enchaîné et le site Atlantico, pourtant classé à droite, n’ont pas été récupérés à cette occasion. «Autant que je sache, il n’y a pas eu de saisie d’enregistrement», dit-il. Une source proche du dossier confirme aussi que ces bandes n’ont pas été versées à la procédure sur les sondages de l’Élysée, instruite au pole financier du TGI de Paris.
Évoquant les enregistrements de son client, l’avocat de Buisson explique : «Ils étaient détruits au fur et à mesure sauf manifestement quelques-uns qui lui ont été dérobés et dont il est fait présentement un usage extravagant et pervers.» Qui avait intérêt à «dérober» ces bandes ? Buisson a de nombreux ennemis au sein de l’UMP qui lui reprochent une trop grande influence sur Sarkozy et une ligne politique «maurrassienne», trop droitière. Reste que ceux qui ont voulu nuire à ce sulfureux conseiller de l’ombre risquent de nuire également à Nicolas Sarkozy, compte tenu des jugements sévères que portaient l’ancien président sur ses ministres. En tout cas, si ces bandes ont été «volées», Buisson s’est bien gardé de porter plainte. Et on comprend pourquoi ! Par ailleurs, selon «Atlantico», Buisson aurait affirmé, par le passé, à plusieurs membres de son entourage professionnel, que certaines copies s’étaient retrouvées dans les mains d’un proche avec lequel il est en «conflit privé violent.» Alors réglement de comptes personnel ? Les voies qui ont rendu ces enregistrements publics restent encore impénétrables...

Y a-t-il d’autres choses ?

Après les extraits déjà diffusés par Le Canard Enchaîné et le site Atlantico, d’autres enregistrements pourraient être publiés à l’avenir. C’est ce que craignent Sarkozy et ses amis : le feuilleton. Selon Le Canard, Buisson aurait capté des «centaines d’heures» s’étalant sur quelques années. Certes, ils ne devraient pas être nourris de secrets d’État mais ils comporteront inévitablement les conversations politiques de l’ancien Président et de ses plus proches conseillers, concernant des dossiers importants, le travail des ministres, la stratégie à mener lors de la dernière présidentielle, les jugements portés sur les leaders de l’opposition, voire les affaires judiciaires dans lesquelles est mis en cause Sarkozy.
Autant d’éléments qui peuvent expliquer des décisions politiques mais aussi révéler le mépris qu’affichait en privé Sarkozy à l’encontre de ses ministres et de l’ensemble du personnel politique. C’est donc l’image de l’ancien président qui pourrait être affectée une fois de plus à travers la dureté de ses propos et son cynisme mis à nu.
Enfin, il n’est pas exclu que ces bandes comportent des informations sur la vie privée du couple Bruni-Sarkozy... C’est donc potentiellement de la dynamite qu’elles recèlent.

Les conséquences politiques

Cette affaire Buisson constitue indéniablement un handicap pour le retour de Sarkozy. Elle intervient au moment où l’ancien président ne cesse d’envoyer des signaux au pays, balisant une remis e en selle qui ne dit pas encore son nom. Certes, lors de sa visite à Berlin auprès d’Angela Merkel, Sarkozy, écoutant ses plus fidèles amis qui lui recommandent de masquer son impatience, s’était fait plus réservé : «Je n’ai aucune intention de mettre un terme à la période de recul de toute activité politique que j’ai souhaitée.» Mais ces pieuses paroles ne trompent personne. «Son retour ? Sarkozy ne pense qu’à ça. Il n’agit que pour ça», constate un de ses anciens ministres qui l’a vu tout récemment. Or les révélations susceptibles d’émaner de la diffusion des cassettes Buisson pourraient lui mettre à dos un certain nombre de s partenaires politiques dont il aura besoin pour gagner en 2017, et renforcer l’opposition de ceux qui, à l’UMP, sont opposés à son retour.

http://www.ladepeche.fr/article/2014/03/06/1833385-affaire-buisson-les-questions-que-posent-les-ecoutes-pirates.html

jeudi 6 mars 2014

Affaires Buisson et Bygmalion : Quelles conséquences sur les municipales?

Pas facile pour l’UMP d’être le réceptacle de la colère des Français d’ici trois semaines...
Après la déflagration de l’affaire Buisson, qui a suivi de quelques jours le scandale Bygmalion, mettant directement en cause Jean-François Copé, l’UMP tente de faire le dos rond.  Car à trois semaines des municipales, le parti d’opposition tente de réduire les secousses pour tenter d’emporter la mise aux élections municipales. «C'est la première fois depuis pratiquement deux ans que les Français vont pouvoir voter. J'entends bien que cette campagne électorale ne soit pas détournée de son objet premier, qui est un vote national pour le destin de nos villes et nos villages, et aussi pour l'orientation politique que les Français souhaitent exprimer à l'occasion de cette élection», a expliqué Jean-François Copé mercredi soir, avant de s’afficher avec François Fillon et Jean-Pierre Raffarin dans un meeting commun à Strasbourg.
C’est que pour les spécialistes, la situation de l’UMP est catastrophique. «L’affaire Bygmalion, puis l’affaire Buisson vont renforcer la défiance envers l’UMP. Les seuls vainqueurs, ce seront l’abstention et Marine Le Pen», analyse Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême droite.  D’après Thomas Guénolé, politologue spécialiste de la droite, ces dernières affaires «à une semaine d’écart», va aboutir «au triomphe du parti des pêcheurs». Soit nourrir une très forte abstention plus que le vote FN, puisque le parti de Marine Le Pen va présenter «au mieux un millier de listes» dans toute la France.

Une réplique aux européennes?

L’affaire peut même pousser l’état-major de l’UMP à revoir sa stratégie pour les municipales puisque le parti, depuis des semaines, tente de nationaliser l’enjeu du scrutin du 30 mars, en le transformant en référendum pour ou contre Hollande. Mais il semble impossible que l’UMP soit le réceptacle de la colère ou de la déception des Français les 23 et 30 mars prochains car «les mots qui reviennent pour caractériser l’UMP, c’est malsain, putride, nauséabond, et ce même chez les électeurs de l’UMP», relève Thomas Guénolé, qui pense également aux trois mois de guerres intestines entre Jean-François Copé et François Fillon en 2013.
Pour lui la seule chance du parti d’opposition, c’est d’éviter toute nationalisation et de rester au contraire sur «le très local». En revanche, le politologue pense que la déflagration de ces affaires éclatera au moment des européennes. «C’est vraiment à ce moment que le FN va profiter de ces affaires. Et franchement, il y a un mois, je n’aurais pas pensé pouvoir dire ça, mais maintenant je le crois: le FN peut passer devant l’UMP aux européennes». Ce qui représenterait un séisme et pourrait signer le départ de Jean-François Copé de l’UMP.
*: Auteur du Petit guide du mensonge en politique, aux éditions First

http://www.20minutes.fr/politique/1316602-20140306-affaires-buisson-bygmalion-consequences-municipales

Affaire Buisson : "tous les gens qui ont croisé son chemin doivent être inquiets." selon Pierre Guyot, confondateur du site Atlantico


Affaire Buisson : "tous les gens qui ont croisé... par LCP

Buisson porte plainte pour le "vol" de ses enregistrements

Patrick Buisson contre-attaque. L'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy va porter plainte contre X pour le "vol" et le "recel" de ses enregistrements clandestins à l'Elysée, pointant l'"usage malveillant" qu'il en a été fait, a annoncé jeudi sur BFMTV son avocat, Me Gilles William Goldnadel. "J'ai peut-être une idée de qui a fait ça, Patrick Buisson a peut-être une idée, je ne veux pas en parler pour l'instant", a déclaré le pénaliste. "Une enquête impartiale sera diligentée pour savoir comment et qui a dérobé les enregistrements. Patrick Buisson est décidé à se défendre et à défendre son honneur. Qui avait intérêt, maintenant, à ce moment précis, de faire connaître ces enregistrements? C'est une question à laquelle la justice va répondre. Patrick Buisson n'a honte de rien."

http://www.lejdd.fr/Politique/Patrick-Buisson-porte-plainte-contre-X-pour-le-vol-de-ses-enregistrements-655963

Affaire des enregistrements: Patrick Buisson a bien écouté Nicolas Sarkozy - 05/03

Comment l'affaire Buisson éclabousse Sarkozy

REVUE DE PRESSE. Pour de nombreux éditorialistes de la presse quotidienne, les enregistrements réalisés par Patrick Buisson éclaboussent avant tout celui qui l'a promu dans le premier cercle du pouvoir.

Au lendemain des révélations du  Canard enchaîné, ce qu'il est désormais convenu d'appeler "affaire Buisson" est à la Une de la plupart des journaux ce jeudi. Et tous estiment que Nicolas Sarkozy est très éclaboussé.

Pour Le Monde, cette affaire "pathétique" est avant tout "un camouflet (...) cinglant" pour l'ancien chef de l'Etat qui "ne pourra échapper ni au ridicule de ces révélations, ni au climat délétère dont elles témoignent." Selon Eric Decouty (Libération) c'est bien la "pratique du pouvoir" de l'ex-président "qui est une fois encore mise en cause". "L'attitude de Patrick Buisson n'est au fond que l'illustration d'un pouvoir dévoyé, fondé sur le cynisme et le mépris de l'Etat de droit", assène l'éditorialiste de "Libé".
"Manipulé comme une marionnette"
Dans Ouest France, Michel Urvoy crie son exaspération face à cette "affaire de trop" qui "gêne d'abord Nicolas Sarkozy" et "nuit à sa personne et à ses ambitions".  "L'affaire éclabousse l'ancien président qui a accordé une confiance marquée à un individu inquiétant", ancien directeur de l'hebdomadaire d'extrême droite Minute, renchérit Dominique Jung (Les Dernières Nouvelles d'Alsace).
Jean-Claude Souléry (La Dépêche du Midi) met l'accent sur la "naïveté très étonnante de Nicolas Sarkozy et de Claude Guéant", piégés "comme des bleus" par un dictaphone glissé dans une poche.  Que le président de la République puisse être manipulé comme une marionnette par le grand manitou des droites extrêmes suscite la consternation générale", souligne encore Jean-Louis Hervois dans la Charente Libre.
"Conseiller obscur"
"Comment Sarkozy s'est-il laissé berner par ce conseiller obscur ?", s'interroge Alain Dusart dans L'Est Républicain. Et de rappeler que Buisson "portait pourtant tous ses défauts en façade : sa nostalgie pour Maurras, son obsession antirépublicaine, son mépris des fondements et de l'héritage de la révolution française, son désir d'ordre, ses fantasmes racistes. Il ne lui manquait plus que ce premier rôle de petit milicien rompu dans l'art du baiser de Judas".  Or personne sinon Sarkozy, "n'a gonflé d'une telle importance ce mauvais génie démoniaque", poursuit Dusart. Et aujourd'hui "la piteuse idée de la France de cet homme lige de la haine et d'un sarkozysme déboussolé revient comme un boomerang."

 "La voix trahissait son maître, l'enregistrant à son insu. On s'en étonne et c'est bien le plus étonnant", soutient Denis Daumin (La Nouvelle République). "La droite, piégée par ce relaps des réseaux Algérie française, ce sectataire maurassien, crie 'au vol et au viol', feignant de découvrir des pratiques qu'elle ne pouvait pas ignorer, au regard de son pedigree". "Finalement", conclut Laurent Bodin (L'Alsace), "c'est à sa famille historique, celle de l'extrême droite, que Patrick Buisson a probablement rendu le plus grand service" à la veille des élections municipales et européennes.
 

Affaire Buisson : Sarkozy et Carla Bruni portent plainte

L'ex-chef de l'Etat Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni vont attaquer en justice pour atteinte à l'intimité de la vie privée après la diffusion d'enregistrements réalisés par l'ancien conseiller présidentiel Patrick Buisson, ont annoncé leurs avocats à l'AFP.
Un référé (procédure d'urgence) sera "prochainement" déposé au tribunal de grande instance de Paris. Nicolas Sarkozy et son épouse "ne peuvent en effet accepter que des propos, tenus à titre privé, aient été enregistrés et soient diffusés sans leur consentement, la protection du secret des conversations privées constituant par ailleurs l'un des fondements d'une société démocratique", écrivent Mes Thierry Herzog et Richard Malka dans un communiqué transmis à l'AFP.

Atteinte à l'intimité de la vie privée

Par cette procédure, le couple a "décidé de poursuivre, par la voie d'un référé dont sera prochainement saisi le Tribunal de grande instance de Paris, la captation, l'enregistrement et la diffusion de certains de leurs propos, en violation des articles 226-1 et 226-2 du Code pénal", précisent-ils. Ces deux articles visent l'atteinte à l'intimité de la vie privée par enregistrement de paroles ou d'images sans le consentement des personnes concernées et la conservation de tels enregistrements ainsi que le fait de les porter ou de les laisser porter à la connaissance du public.
Ces faits sont passibles d'une peine d'un an d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende. Ce référé devant la justice civile vise à faire cesser en urgence "un trouble manifestement illicite" et donc à empêcher de nouvelles diffusions d'extraits ou de transcriptions de ces enregistrements. Une action au fond peut toutefois être engagée par la suite.

Des relations distendues

Ce n'est donc pas à une plainte formelle contre Patrick Buisson que se livre Nicolas Sarkozy. Les rapports entre l'ancien chef de l'Etat et son ex-conseiller sont notoirement distendus depuis la campagne présidentielle de 2012. "Il ne le voit plus très souvent et il doit vraisemblablement être un peu vexé", rapportait au JDD un sarkozyste il y a quelques semaines. Les deux hommes ne se seraient rencontrés qu'à cinq ou six reprises depuis le 6 mai 2012.
Néanmoins, Nicolas Sarkozy n'opère pas une rupture trop brutale avec le maurrassien. Resté proche de l'ancien président, le député Henri Guaino parle de "trahison" de la part de Patrick Buisson. "Celui qui est trompé, c’est celui qui est écouté, le président de la République", a abondé Jean-Pierre Raffarin. Mais Nicolas Sarkozy ne peut se permettre de brûler l'idole adorée - en apparence - par le passé. Le temps est son meilleur allié.